MÉDICAMENTS – Médicaments et juste médication
LES MÉDICAMENTS EN QUESTION
PAR LE DR AMINE MOKHTAR BENOUNNANE
Qu’est-ce-qu’un médicament ?
Le code de la Santé publique définit le médicament ainsi : « toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines ou animales, ainsi que toute substance ou composition pouvant leur être administrée, en vue d’établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions physiologiques en exerçant une action pharmacologique, immunologique ou métabolique. »
Un médicament contient :
– un principe actif, substance d’origine chimique ou naturelle qui agit contre une maladie, soit en la traitant, soit en limitant son aggravation.
– des excipients, -substances d’origine chimique ou naturelle- qui n’ont pas le rôle de traiter la maladie mais celui de faciliter l’utilisation du médicament : parmi eux, des arômes, des sucres, des conservateurs. Les médicaments sont proposés sous forme de comprimés, gélules, sirops, solution injectable…
UN PEU D’HISTOIRE
La prise de médicaments vise à la guérison des maladies ou à l’apaisement de la douleur physique et/ou psychique : il est logique de retrouver la trace de différents remèdes tout au long de l’histoire. Basés sur l’empirisme, nombre d’entre eux étaient utilisées sans preuve réelle d’efficacité. L’histoire du médicament prend un tournant radical au moment de l’avènement de produits « chimiques » nés des progrès de la science.
Fin du XIXe siècle : isolement des premiers principes actifs d’origine végétale -dont la morphine-, synthèse des molécules médicamenteuses simples -dont l’aspirine. Début et milieu du XXe siècle : découverte de grandes classes de médicaments -les sulfamides, les antidépresseurs, les neuroleptiques…- Fin du siècle : évolution des connaissances sur le rôle et la structure des protéines, ainsi que sur les interactions drogue-récepteur ; élaboration de nouveaux composés thérapeutiques. Années 1950 : mise au point des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Fin des années 1970 : essor de la biochimie cellulaire et des thérapies anticancéreuses.
Aujourd’hui l’outil informatique et la création de logiciels spécifiques prennent une large part dans la conception de nouvelles substances médicamenteuses et dans leur performance. Le monde végétal et animal dans toute sa diversité reste une source majeure d’inspiration dans la l’élaboration des différents médicaments. Si la synthèse chimique et l’hémisynthèse demeurent des outils indispensables, la chimie « verte » détient désormais un rôle non négligeable.
ÉVITER LA SURMÉDICATION
À toute maladie son médicament, à toute maladie spécifiquement senior une médication adaptée : mais voilà, la liste des troubles de santé physique et psychique des seniors s’allonge avec l’âge, comme s’allongent les ordonnances ; les effets indésirables face à ce phénomène sont inévitables, d’autant plus que les seniors affaiblis par le ralentissement inéluctable de leur métabolisme supportent moins bien l’accumulation de substances chimiques dans le corps.
Voici quelques conseils pour réduire la surmédication, atténuer les effets pervers des médicaments et améliorer ainsi la qualité de vie des seniors.
- Respecter la posologie à la lettre sans, ni l’augmenter, ni la diminuer
- Éviter l’automédication et les fantaisies dans les prises de médicaments
- Respecter le suivi médical.
- Respecter le cahier des charges et les horaires des prises -certains traitements notamment pour soigner un cancer exigent des prises à des heures extrêmement précises-
- Évaluer au mieux le bénéfice/risque d’un médicament à ne consommer que si le bénéfice que l’on en tire est supérieur au risque qu’il fait prendre. Pour les maladies chroniques, cette évaluation devra être plus fine, le traitement s’inscrivant dans la longueur.
- Moduler la dose d’un médicament lorsque son interaction avec un autre provoque une réaction d’intolérance de son propre corps.
- Optimiser les bénéfices d’un traitement en s’y associant par des comportements recommandés : avoir une bonne hygiène alimentaire -notamment pour les problèmes de diabète-, pratiquer un maximum d’activité physique, avoir recours aux médecines complémentaires, pendant le traitement mais aussi post traitement.
Il est important pour un patient de participer à la prise en charge de sa maladie en interrogeant le médecin sur la pathologie diagnostiquée, le but et les conséquences du traitement prescrit pour mieux le comprendre, le suivre et le vivre.
Selon les données de l’Assurance Maladie, on estime que les accidents liés à la prise de médicaments occasionnent 130 000 hospitalisations et 7 500 décès par an chez des personnes de 65 ans et plus.
57 % des seniors âgés de 65 à 74 ans et 70% de la tranche des 65 à 74 ans et plus, sont touchés par des maladies chroniques qui les amènent à la prise de nombreux médicaments. Selon une étude publiée en 2017 par « 60 millions de consommateurs », 20 % des plus de 65 ans prennent en continu au moins sept médicaments différents, beaucoup d’entre eux en prennent beaucoup plus, voir le double.
La juste médication senior par le Dr Amine Benannoune
« Je ne connais pas de médicament qui n’ait pas d’effet secondaire »
CONTRÔLE DE LA PRISE DE MÉDICAMENTS
Bien identifier et ranger les médicaments ; écrire sur chaque boite la posologie et les heures de prise et, sur les boites de médicaments génériques, le nom du médicament ordonné ; utiliser un pilulier ou « semainier » pour classer les médicaments, en fonction du jour et des heures de prise.
Avertir son médecin dès qu’apparaissent l’un ou plusieurs de ces signes, potentiellement liés à la prise d’un médicament : somnolence, fatigue inhabituelle, malaise, étourdissement, chutes, troubles digestifs, crampes, douleurs musculaires, saignements, tension trop haute ou trop faible.
Attention la prise de tension est une indication aléatoire car la tension peut se modifier selon l’heure de la journée, l’activité et le stress du patient -on appelle la tension « blouse blanche », une tension altérée sous l’effet de l’attente du diagnostic qui inquiète le patient.
NOUVEAU : LE PILULIER CONNECTÉ
Pour éviter les oublis et erreurs de prise, éviter ainsi les accidents médicamenteux, les piluliers “intelligents“ alertent le patient lorsqu’il est temps de prendre tel ou tel médicament : ils peuvent également être réglés pour informer un professionnel de santé ou la famille quand le médicament n’a pas été pris au moment dit.
ANXIOLYTIQUES, ANTI-DÉPRESSEURS ET SOMNIFÈRES
Les français abusent trop fréquemment des anxiolytiques, des anti-dépresseurs et des somnifères ; ces derniers qui présentent des effets délétères ne jouent la plupart du temps que le rôle de traitement de confort auprès du patient.
Les traitements contre la dépression, l’anxiété et les troubles du sommeil par le Dr Amine Benounnane.
ALCOOL ET MÉDICAMENT : l’alcool interagit avec de nombreux médicaments ; par exemple, avec les antibiotiques, il peut provoquer des bouffées de chaleur, des maux de tête, des palpitations ainsi que des nausées et des vomissements.
ANTI-INFLAMMATOIRES ET ARTHROSE : l’efficacité des anti-inflammatoires sur l’arthrose -un mal typiquement senior- est avérée : mais leur utilisation est malheureusement fortement déconseillée aux personnes âgées trop sensibles à leurs effets secondaires ; si les antalgiques sont insuffisants pour calmer les zones douloureuses, certaines médecines alternatives ou complémentaires peuvent avoir un effet bénéfique sur le long terme.
Méthodes non médicamenteuses
Si le patient doit être co-acteur de sa guérison grâce à une attention particulière affectée à sa diététique et à son activité physique, il pourra laisser libre court à son imagination pour choisir une médecine « alternative » qui puisse désamorcer sa douleur.
Méthodes de relaxation, de respiration, d’équilibre –qi gong https://vive-les-seniors.fr/harmonie-et-equilibre/– yoga, massages, (y compris auto massages) https://vive-les-seniors.fr/auto-massage-precieux-quotidien/, acupuncture, méditation https://vive-les-seniors.fr/richesses-de-la-meditation/
Des thérapies comme la phytothérapie (art de se soigner avec des plantes), l’art thérapie (art de se soigner en pratiquant une discipline artistique -chant, peinture, poterie..;-, la sylvothérapie (art de se soigner au contact des arbres) sont efficaces pour les patients qui y sont réceptifs.
À LIRE : « Bien vieillir sans médicaments dès 40 ans ». Un avis précieux de Christophe de Jaeger, président de la Société Française de Médecine et Physiologie de la Longévité et auteur de ce livre paru récemment aux éditions Le Cherche Midi !
CITATION : “L’ambition est comme un médicament, il faut en prendre la dose prescrite, car elle peut être soit bénéfique, soit nocive.”
LEXIQUE
Stéroïdien : il existe deux types d’anti-inflammatoires, les AINS ou anti-inflammatoires non stéroïdiens et les corticoïdes ou anti-inflammatoires stéroïdiens. Chacune de ces catégories apaise une inflammation. Cependant, les corticoïdes ont un plus large spectre d’action.
Biochimie cellulaire : la biochimie est l’étude des processus chimiques à la base de la vie ; cellulaire : sur les propriétés, la structure, la fonction, le comportement et les interactions des cellules et de leurs constituants moléculaires.
Hémisynthèse : synthèse chimique d’une molécule